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Accueil Comprendre l'autisme Qu'est-ce que l'autisme? Les théories sur l'autisme Hypothèse de la théorie de l'esprit

Hypothèse de la théorie de l'esprit

Baron-Cohen, Leslie et Frith ont prolongé la littérature – qui ne cesse de s'étendre – à propos de la théorie de l'esprit chez les enfants qui présentent un développement ordinaire à ceux avec autisme et ils ont démontré que les enfants présentant ce handicap présentaient une compréhension perturbée de l'univers mental.

Cette théorie part de la supposition selon laquelle les états mentaux (‘ce que pense une personne') ne sont pas directement observables, mais qu'ils doivent d'abord être déduits. Cette déduction nécessite un mécanisme cognitif complexe. La capacité à imputer les états mentaux – tels que les intentions, les souhaits, les conceptions, les connaissances, etc. – à sa propre personne et à autrui est appelée théorie de l'esprit. On part du principe que cette capacité est perturbée chez les personnes avec autisme.

Les arguments en faveur de cette théorie

   Repris de Uta Frith, 1996


De nombreuses études empiriques viennent étayer cette théorie. On utilise souvent à cet effet un test de fausse croyance ('false belief') de premier ordre, qui ne doit normalement poser aucun problème pour les enfants âgés de 4 à 5 ans. Dans ce test, on vérifie si une personne comprend qu'une autre peut avoir une conception erronée de la réalité, comme dans l'expérience de Sally et Anne. Dans ce test, on montre deux poupées (Sally et Anne), ainsi qu'un panier et une boîte. Sally place une bille dans le panier – alors qu'Anne la regarde – et sort pour aller se promener. Entre-temps, Anne prend la bille et la place dans la boîte. On demande à l'enfant où Sally ira chercher la bille à son retour. Les enfants qui ont une théorie de l'esprit affirment que Sally n'ira pas regarder dans la boîte. Sally ne peut effectivement pas savoir que la bille a été déplacée. Les enfants qui n'ont pas encore de théorie de l'esprit disent que la bille se trouve dans la boîte. C'est l'image qu'elles en ont. Quatre-vingt pour cent des enfants avec autisme échouent à ce test. Les 20% restants échouent à un test de fausse croyance de second ordre plus complexe, qui ne pose aucun problème pour les enfants ordinaires âgés de 7 ans.

Dans un second protocole de fausse croyance de second ordre, il s'agit de comprendre qu'une autre personne a une conception erronée de l'information détenue par une troisième personne. Pour ce test, on raconte par exemple l'histoire suivante : John et Mary voient un marchand de glaces dans le parc. John et Mary vont se promener. Par la suite, on raconte à John et Mary séparément que le marchand de glace ne se trouve plus dans le parc, mais qu'il est maintenant près de l'église. Aucun des deux ne sait que l'autre a reçu cette information. On pose ensuite des questions telles que "Où Mary pense-t-elle que John est parti acheter une glace ?"

Le développement perturbé de cette capacité donnerait une explication aux problèmes que manifestent les enfants avec autisme en matière de prise de perspective, de pragmatisme, d'empathie et d'autres aspects du développement social et du fonctionnement social.

Cette hypothèse cognitive semblait à première vue assez plausible ; ses partisans partaient du principe qu'elle est universelle et spécifique pour l’autisme, et qu'elle propose un mécanisme compréhensible expliquant les principaux symptômes secondaires des personnes présentant de l'autisme. Malgré le fait que cette théorie psychologique nous ait permis de mieux comprendre le phénomène, il convient de la nuancer quelque peu. Les opposants à cette théorie sont de plus en plus nombreux à émettre des réserves, dont quelques unes sont exposées ci-dessous.

Les arguments en défaveur de cette théorie

Une première objection concerne le fait que la théorie de l'esprit ne peut pas expliquer les problèmes que rapportent les parents de ces enfants avant l'âge de 3 ans et /ou les parents d'enfants présentant un niveau de développement inférieur à celui auquel se manifeste normalement la compréhension sociocognitive. C'est pourquoi, les recherches se concentrent actuellement sur les ‘précurseurs' de la théorie de l'esprit (l'attention conjointe et l'imitation) afin d'essayer d'expliquer ces premières difficultés.

Une autre objection concerne l'universalité de ce déficit. Au fil des ans, des études ont été publiées, dans lesquelles le pourcentage de réussite aux tests de fausse croyance de premier ordre variait entre 38 et 90%. Mais chez les enfants dotés d'une intelligence ordinaire, on fait également état de 60% de réussite dans les protocoles de second ordre. Les prestations semblaient liées à l'âge tant chronologique que verbal des enfants. Certains adultes réussissent même d'autres tâches plus complexes de la théorie de l'esprit ou de la prise de perspective. On ne sait pas précisément si ceux qui ont réussi ces tâches utilisent une stratégie alternative pour les résoudre. Mais la conclusion selon laquelle certaines personnes avec autisme réussissent des tâches liées à la théorie de l'esprit, tout en manifestant de sérieux problèmes socio-communicatifs, montre que cette théorie a ses limites. De plus, cette théorie est non spécifique à l'autisme puisque des personnes présentant un autre handicap, comme la surdité, les déficiences intellectuelles ou la schizophrénie ont également ces difficultés. Enfin, la théorie n'explique pas vraiment la rigidité et les conduites stéréotypées qui font partie de la symptomatologie de l'autisme.

Le terrain de la recherche s'est, par conséquent, élargi en se concentrant davantage sur les particularités cognitives globales : les défaillances sur le plan des fonctions exécutives et le manque de cohérence centrale.